Quand je regarde en arrière, je réalise que je n’ai jamais vraiment appris à faire à manger. J’ai été en internat une partie de mon adolescence, ce qui m’a fait arriver dans mon premier appartement étudiant en sachant surtout comment faire les pâtes (avec une sauce préparée). J’avais été amenée à faire des plats communs de fête (je suis par exemple une boss de la bûche traditionnelle de Noël), mais la cuisine du quotidien, niet, nada. Ça ne m’intéressait pas, ça me faisait chier. Les repas préparés étaient mes copains, et de subtiles astuces m’ont permis de survivre, comme faire des croques-monsieurs la majorité de mon régime alimentaire universitaire. La seule chose “élaborées” que je cuisinais étaient des pâtes fraîches, et encore on va pas se mentir c’est surtout difficile parce que le laminoir fatigue les bras.

Début 2025, j’ai récupéré beaucoup de temps libre à la suite d’un changement de médicaments. J’ai gagné au moins 4h de temps par jour, que je passais auparavant à dormir (ou comater). Forte de ce nouveau temps et de cette nouvelle énergie, je ne sais pas comment est venu le déclic, mais à un moment donné je me suis sûrement dit : aller je vais essayer de cuisiner des trucs. Hélas, le manque d’inspiration était plutôt total et un bel obstacle. C’est alors que mon meilleur ami m’a montré une application qui s’appelle Jow (promis c’est pas de la pub) capable de vous suggérer des recettes à base des indications concernant votre régime alimentaire, vos goûts, mais aussi du matériel que vous avez dans votre cuisine. J’ai réalisé après coup que c’était la même application dont m’avait parlé une amie avec qui j’avais vécu en colocation quelque temps (et qui faisait toute la cuisine on va pas se mentir). Bref, double validation.

commentaire réel sous une recette proposée par l’application Jow

J’ai commencé à prévoir mon menu de la semaine, pour faire les courses en conséquence, et à tester plein de recettes différentes. A ce moment, mon meilleur ami, qui aime cuisiner, et moi faisions régulièrement la popote ensemble. A ces occasions il m’a donné de nombreux conseils, sur la chaleur de la poêle, les bons outils, des astuces… Mes plats sont devenus moins cramés (disons les termes), et petit à petit, mes cuissons et textures devenaient… celles que j’avais choisies. J’ai réalisé qu’au cours de ma vie, j’avais eu plus de remarques sur ma mauvaise cuisine que de personnes m’ayant proposé de m’apprendre à l’améliorer. 

J’ai commencé à avoir en stock des ingrédients “de base”, j’ai fait le le tri de ce que j’avais dans ma cuisine, équipement, aliments. J’ai conditionné pas mal de choses dans des pots en verre étiquetés, afin de connaître au premier coup d'œil le stock des denrées utiles. J’ai visité des supermarchés dans mon quartier étendu et je choisis maintenant entre trois supermarchés différents selon les ingrédients que je cherche… créé des outils de suivi pour les menus et les courses à l’aide du bloc note basique de Google. Je fais doucement une liste mentale du matériel supplémentaire que j’aimerais introduire dans ma cuisine (un nouveau couteau, une mesure à spaghetti, de nouvelles casseroles). Je repère des recettes en me disant “oh, je pourrais tester ça !” et si je suis satisfaite, je retranscris le tout dans un cahier de recette que je possède depuis plus de dix ans, et dont le volume a plus que doublé au cours de l’année passée. 

J’ai commencé par faire pas mal de “couper-foutre” sous forme de gratins ou de légumes rôtis, ce qui a notamment révélé à mes papilles la beauté de la feta rôtie. J’ai fait le premier risotto de ma vie. J’ai fait les premiers samossas de ma vie. J’ai fait les premières graines de courges grillées de ma vie. J’ai pu expérimenter plein de recettes italiennes, ma cuisine préférée. J’ai fait les premiers cannelloni de ma vie, trois fois dans l'année, ce qui m’a permis d’améliorer ma recette, avec laquelle j’ai régalé ma mère et ma nièce de 5 ans à Noël. Au courant de l’automne, je me suis ENFIN mise à utiliser le blender à soupes offerts par mes parents (optimistes) il y a plusieurs années. J'ai fait mon premier bourguignon végétarien, aussi. Tout n’a évidemment pas été réussi du premier coup ! J’ai tenté mon premier beurre maître d’hôtel il y a quelques jours (pour faire de faux escargots vegan) et c’était vraiment pas réussi, mais ça n’a pas empêché le plat d’être succulent. Même les moches méritent l’amour. 

De la bouuuuuuuuuuuuuuffe

Evidemment, cela a changé aussi quelque chose d’un point de vue économique ! L’organisation de mes courses m’évite, comme je pouvais le faire avant, d’acheter plein de trucs dont je n’ai pas besoin ou qui se perdent. Lors de mes déjeuners au boulot, j’allais régulièrement chercher à manger dehors (entre 8 et 12 euros le repas) ou je prévoyais des plats préparés certes pratiques mais, comme on le sait, vraiment pas oufs. Maintenant, je prépare mes repas à partir de ce que j’ai cuisiné. J’ai même investi dans une belle boîte bento pour l’occasion (avec des petites phryges dessus). Je vais toujours de temps en temps au resto, mais j’apprécie de plus en plus d’inviter les copaines à la maison pour leur mitonner un bon petit plat.

L’agacement est devenu plaisir : plaisir d’imaginer le plat, plaisir de le préparer. Le fait d’être saoulée de cuisiner est devenu un moment de détente, où couper mes légumes en faisant “tchac tchac” avec mon couteau mal aiguisé se couple parfaitement avec de la musique ou devant un film.

Je ne porterai pas le discours “si je peux le faire, vous pouvez le faire”, mais tout à fait honnêtement, je ne pensais pas à quel point des recettes vraiment très simples (remember le couper-foutre) pouvaient régaler autant. La cuisine ça prend du temps, et j’ai beaucoup de temps libre. Idem, je suis célibataire, je n’ai pas à préparer un menu qui doit satisfaire plusieurs personnes qui n’aiment jamais la même chose. 
Évidemment je continue à apprendre la cuisine du quotidien, tous les jours, au fur et à mesure des pratiques. J’improvise même de plus en plus des recettes simples ou élaborées. A ce stade j’estime maîtriser les cuissons. Ce qui me fait défaut, c’est une meilleure connaissance des assaisonnements pour rendre ces plats encore meilleurs, et encore plus personnalisés.

Dorénavant, c’est en portant mes propres plats à la bouche que je fais à voix haute : “hmmmmmm”.

Faites pas attention à la vaisselle

Keep Reading

No posts found